Aspects symboliques de quelques rituels maçonniques opératifs
Dans certaines loges maçonniques d'Angleterre et d'Écosse qui conservent une grande partie des anciens rituels opératifs, on continue de célébrer trois fêtes hautement significatives et importantes : elles sont chargées d'un riche symbolisme qui témoigne de la force et de la vigueur de la tradition maçonnique, héritière des mystères antiques, lesquels, en tant que mystères, conservent une présence inaltérable et une actualité permanente tout au long du temps1. Il s'agit de la Commémoration de la Fondation du Temple de Jérusalem, de la Commémoration de la mort de maître Hiram et de la Cérémonie de la Dédicace du Temple. La première de ces festivités, la Fondation du Temple de Jérusalem -dit aussi «de Salomon»-, se célèbre durant l'époque de la Pâque juive, en fait au mois d'Avril (Ziv), le second du calendrier juif, mois où débuta la construction de ce Temple, selon ce que nous relate la Bible (I Rois, VI, 37-38). On appelle Avril le mois «des épis», car c'est alors que ceux-ci commencent à croître grâce à l'élan renouvelé des énergies vitales de la nature (expression des énergies cosmiques), manifestant ainsi toute sa force régénératrice. La seconde commémoration, la mort de maître Hiram, a lieu le 2 octobre, coïncidant à son tour avec la fête juive du Yom Kipur, ou «Grand Pardon», époque où les fruits mûrissent et où la nature entière s'apprête pour sa concentration et son recueillement hivernaux, mais aussi époque annonciatrice du Jubilé et du Jugement Dernier, lesquels coïncident avec la «fin des temps» et la descente de la Jérusalem Céleste sur la Terre. La troisième commémoration, la cérémonie de la Dédicace du Temple, a également lieu durant le mois d'octobre, le 30e. jour, et son déroulement est marqué par la lecture des passages bibliques où sont mentionnées les paroles que Salomon adresse au Seigneur pour invoquer sa présence dans le Tabernacle du Temple récemment terminé (I Rois VIII, 22-30). Il s'agit de la consécration de ce dernier, de celui-là même dont l'édification avait duré exactement sept ans, nombre symbolique qui assimile sa construction à la création du monde, lequel, selon la Genèse, fut formé en «sept jours» ou cycles temporels.

Comme nous le voyons, les trois célébrations ont le même centre d'intérêt et se rapportent directement au Temple de Jérusalem, référence essentielle de la loge maçonnique (et aussi du temple chrétien), dont il est le modèle symbolique, comme le Temple de Jérusalem lui-même est, à son tour l'image symbolique de la Cité Céleste. Et ceci expliquerait aussi pourquoi le déroulement de l'initiation maçonnique, en ses divers degrés, implique nécessairement une connaissance des structures symboliques de la loge (qui sont celles du cosmos), connaissance qui doit s'accompagner, pour sa pleine réalisation, de la transmission des mots sacrés, attouchements et signes rituels : ceux-ci sont inséparables (car ils forment un tout) des légendes et des récits qui font allusion aux divers épisodes de l'histoire sacrée de l'Ordre maçonnique (que l'on commence à rapporter à partir de la construction du Temple de Jérusalem, quoique dans certaines chroniques cette histoire remonte à l'origine même de l'humanité), ce qui permet de l'actualiser en vivant la réalité à laquelle se réfère cette histoire.

Nous parlions du nombre sept, et il nous faut dire que c'est le nombre cosmogonique par excellence, étant aussi le nombre de la hiérarchie initiatique dans beaucoup de traditions, car le processus de la réalisation spirituelle reproduit pas à pas (degré par degré) le processus cosmogonique même, y compris celui de la nature qui, avec ses cycles et ses rythmes périodiques et perpétuels, nous invite à la contemplation d'un ordre précis et harmonique, dans lequel l'homme se trouve inclus et auquel il participe entièrement, qu'il le sache ou non. De même, dans les loges opératives que nous avons mentionnées, il y a également sept degrés initiatiques, tous en rapport avec l'édification et l'achèvement du temple (fait, répétons-le, à l'image de l'ordre universel), le septième et ultime de ces degrés correspondant à lui seul aux trois grands maîtres de la maçonnerie, lesquels représentent et assument en leur fonction le roi Salomon, le roi Hiram de Tyr et Hiram Abi, qui n'est autre que maître Hiram, constructeur du Temple de Jérusalem, et dont la mort rituelle et symbolique est celle qui se commémore, dont on «se sonvient», le 2 octobre. Il nous faut ajouter, à ce propos, que sept est également l'âge symbolique du maître dans tous les rites maçonniques actuels : ainsi s'établit une relation analogique entre ce degré et l'achèvement de l'Art Royal ou Grand Oeuvre de la cosmogonie (son apprentissage et sa connaissance effective), tandis que s'ouvrent à partir de ce moment les possibilités de réalisation d'ordre véritablement extracosmique et métaphysique2. Ainsi donc, cette mort symbolique représente en réalité une «exaltation» ou surpassement du domaine cosmique (de la dualité inhérente aux actions et réactions des énergies bipolaires qui déterminent toute manifestation) ce qui se vit à l'intérieur de la conscience comme une synthèse ou conciliation de ces mêmes énergies, laquelle permet de naître à la réalité métaphysique et spirituelle, symbolisée par la «résurrection» qui suit la mort d'Hiram.

Dans les loges opératives, la cérémonie d'accès à la Grande Maîtrise se nomme le «Grand Drame Annuel»3, parce qu'en lui se ritualise la mort d'Hiram, la recherche et finalement la découverte de son corps, après quoi commence proprement l'installation du nouveau troisième Grand Maître qui avec les deux autres dirigera la loge opérative pendant un an, à la fin duquel (coïncidant avec la date du 2 octobre) on procède à l'installation d'un nouveau troisième Grand Maître, incarnant en sa fonction Hiram. D'autre part, dans les loges en question, seuls les deux premiers Grands Maîtres (qui, répétons-le, représentent respectivement Salomon et Hiram de Tyr) le sont à vie, et ce n'est que le troisième Grand Maître (Hiram Abi) que l'on remplace chaque année, ou cycle complet, par celui qui a été élu pour accéder à la Grande Maîtrise.

Ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de revivre périodiquement ce qui constitue sans doute le rite le plus important de la maçonnerie : la mort d'Hiram et sa résurrection en un nouveau maître. Et quand nous disons maçonnerie, nous nous référons aussi bien à celle qui conserve les anciens rituels opératifs (à peu près complètement inconnue, pour ne pas dire totalement) qu'à cette autre que l'on appelle «spéculative» (celle que l'on connaît communément, bien qu'assez mal), et qui est née à l'aube du XVIIIe siècle. A cette époque, pour des motifs qu'il serait bien long d'expliquer, mais qu'au fond il faut attribuer à des raisons d'ordre cyclique, les rituels de l'ancienne maçonnerie opérative (d'origine médiévale) furent pratiquement oubliés, avec ce que cela suppose de perte irréparable dans le très riche héritage symbolique et spirituel qui jusqu'alors avait constitué la tradition maçonnique. Néanmoins, et malgré cette perte et les différences qui peuvent exister entre la loge opérative et la loge spéculative, l'Ordre maçonnique est unique en essence. Notre affirmation n'est pas gratuite, car bien que distinctes en beaucoup de choses (et bien entendu, il existe une supériorité de la première sur la seconde), tant l'une que l'autre, cependant, conservent intact le rituel de la mort et de la résurrection de maître Hiram, rituel qui est celui donnant véritablement son identité et son unité à la maçonnerie dans son ensemble. De plus, la symbolique de ce rituel exprime le plus exactement possible la signification profonde d'une des principales devises et fonctions du maître maçon, qui consiste à «répandre la lumière, et rassembler ce qui est épars»4. De là aussi le titre de «Prince des maçons» donné à Hiram, car sous son inspiration directe, c'est-à-dire de ce qu'il représente sur le plan initiatique et symbolique, les maçons reçoivent la plénitude de leur initiation, et la maçonnerie, par extension, continue à transmettre l'influence spirituelle, unique fin qui justifie son existence.

Pour en revenir à la cérémonie d'installation du troisième Grand Maître, une partie importante et significative de celle-ci (et qui démontre l'origine opérative de ce grade) consiste en sept échelons ou degrés que le candidat doit gravir, à genoux, jusqu'au «trône» (ainsi se désigne-t-il exactement) où sont assis les trois Grands Maîtres. Chaque échelon se réfère à une science ou art libéral, et elles décrivent ensemble toute la cosmogonie. Le candidat à la Grande Maîtrise doit répondre aux questions qu'on lui pose sur chaque science, le premier échelon correspond à la Grammaire, le second à la Rhétorique, le troisième à la Logique, le quatrième à l'Arithmétique, le cinquième à la Géométrie, le sixième à la Musique et le septième à l'Astronomie5. Une fois surmontée cette épreuve, le nouveau Grand Maître est reçu dans les «demeures de la puissance», aussi appelées très probablement parce que cette partie de la loge s'assimile au Debir, qui était le «Saint des Saints», le Tabernacle ou Sanctasanctorum du Temple de Jérusalem, et où se trouvait déposée l'«Arche de l'Alliance», ce lieu étant, par conséquent, le plus sacré et le plus intérieur du temple6.

Les sept échelons qu'il faut gravir constituent la ligne qui sépare, et unit à la fois, le Debir et le Hikal (le «Saint»), lequel est cette partie du temple qui s'étend de cette division linéaire au portique de l'entrée où s'élèvent les deux colonnes Jakin et Boaz, dont la symbolique joue un rôle important dans l'enseignement maçonnique. Si dans la loge le Debir, par sa position élevée, symbolise le Ciel et la verticale, le Hikal symbolise à son tour la Terre et l'horizontale, et l'ascension se vit donc comme un voyage axial de la Terre au Ciel, ou d'une réalité condi tionnée par les limitations spatio-temporelles, à celle véritablement incondition née et éternelle. Dans le même contexte, nous ajouterons que dans la loge opérative les trois Grands Maîtres se trouvent placés symboliquement sur le mont Moriah, considéré comme une des trois montagnes sacrées de la maçonnerie (les deux autres sont le Tabor et le Sinaï), car ce fut sur sa cime que fut édifié le Temple de Jérusalem. Le caractère sacré de cette montagne fait d'elle un véritable Axe du Monde, et par conséquent un noeud d'union et de communication entre la Terre et le Ciel7. L'«ascension» du candidat s'effectue alors le long de cet axe, et les échelons des sept sciences constituent aussi une ascension par les degrés de la connaissance, lesquels, une fois assimilés, conduisent l'homme à la réintégration dans l'Unité même du Soi, ce qui en langage maçonnique équivaut à l'identifica tion avec l'énergie ou puissance créatrice du Grand Architecte de l'Univers8. Voilà pourquoi pendant la cérémonie d'installation du troisième Grand Maître, on se réfère directement à un des symboles les plus anciens du Grand Architecte : la croix du swastika. On dit que l'explication de cet important symbole dure 70 minutes, temps qu'il faut entendre aussi en mode symbolique, car nous avons de nouveau ici le nombre sept comme élément constitutif et essentiel de cette cérémonie. Le swastika est étroitement relié à l'Étoile polaire située au centre même de notre univers, seul point qui reste immuable pendant que toute la voûte céleste tourne autour de lui. Les quatre bras du swastika représentent aussi les quatre positions (dirigées vers les quatre points cardinaux célestes) de la constellation de la Grande Ourse, laquelle, en effet, tourne constamment autour de la polaire9. Il existe donc une relation directe entre cette rotation céleste et l'Étoile Polaire elle même, car cette rotation émane d'elle et, comme le dit René Guénon, ce mouve ment n'est pas «un mouvement quelconque», mais une «rotation qui s'accomplit autour d'un centre ou d'un axe immuable... Le Centre imprime à toutes choses le mouvement et, comme le mouvement représente la vie, le swastika devient par là un symbole de la vie, ou, plus exactement, du rôle vivifiant du principe par rap port à l'ordre cosmique»10. Pour cela aussi, le swastika est le symbole du Pôle, qui est la Grande Unité (appelée Tai-Ki dans la tradition extrême-orientale), ou le Centre des centres, ou le Soleil des soleils, car de la même manière que l'Existence universelle tout entière jaillit de lui, en lui elle se réintègre lorsqu'elle achève son cycle de manifestation. Cela se rattache très étroitement à l'initiation (en raison de ce que nous avons dit au sujet de l'analogie entre le processus cosmique et le spirituel), puisque cette initiation consiste en la lente et graduelle réintégration de tous les éléments épars de l'être individuel dans le Soi luimême, ce qui implique l'universalisation de cette individualité qui passe ainsi de la périphérie du mouvement incessant de la Roue du Monde (de sa rotation ou tournoiement indéfini) au centre de cette Roue même11.

D'autre part, au septième degré de la loge opérative, le Grand Architecte reçoit le nom hébreu d'El Shaddaï, qui veut dire «Dieu Tout Puissant», celui qui est invoqué à la fin de la cérémonie de la Dédicace du Temple par le premier Grand Maître (Salomon) en ces termes : «J'ai achevé le travail que mon père me mande d'accomplir», en claire référence à l'achèvement et au couronnement de l'oeuvre. Dans le symbolisme architectonique (amplement développé dans les rituels opératifs), l'idée d'«achèvement» du Temple est présente dans la symbolique de la «pierre angulaire» (car elle est effectivement la dernière pierre qui se pose, «couronnant» toute la construction), dont la position est essentiellement axiale car elle se situe au centre même de la voûte ou dôme (d'où le nom de «clef de voûte» pour désigner ce centre), lequel représente la coupole céleste dans la construction12. La pierre angulaire est l'équivalent de l'Étoile polaire13, et toutes deux symbolisent, chacune dans son ordre, le Tout Puissant Grand Architecte, vivificateur et soutien, principe et fin, alpha et oméga de toute la Création14.

Toute cette symbolique se résume en un moment de l'installation du troisième Grand Maître lorsque quatre équerres sont réunies de manière à former la croix du swastika. Trois de ces équerres appartiennent chacune à l'un des trois Grands Maîtres, et la quatrième est celle qui se trouve sur le Livre Sacré. Ce swastika est, à son tour, une réplique ou un reflet de celui qui est dessiné au plafond (ciel) de la loge, et du centre duquel descend l'axe d'un fil à plomb vers le centre même du swastika terrestre formé par les quatre équerres, ce qui symbolise ainsi l'union du ciel et de la terre15.

Du fait de son lien avec le Pôle et le Centre du Monde, le swastika est considéré comme l'un des principaux symboles qui renvoient directement à la Tradition Primordiale, préceptrice de l'humanité, et dont l'origine, selon toutes les sources traditionnelles, fut au commencement polaire ou hyperboréenne. Et le fait que ce symbole constitue une partie intégrante et fondamentale de ce rituel opératif démontre une fois de plus que la symbolique, les rites et les mystères de la maçonnerie procèdent, par une transmission ininterrompue tout au long du temps et avec toutes les adaptations nécessaires, de cette même tradition primitive. Peut-être est-ce à tout cela que se réfère aussi Guénon quand à la fin de l'article sur «La lettre G et le swastika», il affirme que «la théorie polaire a toujours été un des plus grands secrets des véritables maîtres maçons»16.

Francisco ARIZA
(traduit par John DEYME de VILLEDIEU)
 
NOTES
1 Nous avons obtenu les informations concernant ces rituels opératifs dans l'article de Pierre Girard Augry «Les survivances opératives en Angleterre et en Écosse», paru dans le nº3 de la revue maçonnique française Villard de Honnecourt, dont un compte rendu est sortie dans le nº2 de Symbolos.
2 L'idée d'«au-delà du cosmos», ou d'«au-delà de la physique» (la métaphysique), est présente dans l'expression complète de l'âge symbolique du maître maçon : «sept ans et plus».
3 «Le Grand Drame Annuel» reçoit également le nom de «Drame Ancien», en entendant le mot «Ancien», non pas simplement en un sens historique, mais surtout comme ce qui fut accompli «dans le Principe», c'est-à-dire in illo tempore ou dans le temps mythique et vertical (supra-historique), ce qui rend possible sa permantente actualité. Et ce qui fut accompli «dans le Principe» est l'oeuvre de la Création, l'acte ou rite cosmogonique par excellence, que les mythes créationnels de nombreuses traditions considèrent comme le résultat d'un sacrifice, fragmentation ou division de l'unité primordiale. Tel est le cas de la Cabale quand on parle de la «désintégration» du corps de l'Adam Kadmon (I'«Homme Universel», identique au Grand Architecte de l'Univers et au Purusha ou Prajapati hindou), dont les membres dispersés composent tout l'univers manifesté. Tel est aussi le cas du mythe d'Osiris dans l'ancienne Égypte, ou de Dionysos Zagreus chez les grecs. Dans la maçonnerie, la mort dHiram illustre, au niveau humain, ce sacrifice primordial, et la recherche rituelle de son corps par «toute la terre», puis sa découverte finale, équivalent au fond à la «reconstitution» de la «Parole perdue», qui est le nom (l'Etre) ineffable du Grand Architecte. Voir le chap. XLVI de Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, de R. Guénon.
4 Nous nous en remettons entièrement, sous ce rapport, à ce qu'a signalé en diverses occasions Guénon, pour qui le grade de maître, dans la maçonnerie actuelle, n'est pas le résultat «d'une élaboration 'spéculative' du XVIIIe. siècle», mais d'«une sorte de 'condensation' du contenu de certains grades supérieurs de la maçonnerie opérative, comblant dans la mesure du possible une lacune due à l'ignorance où étaient à l'égard de ceux-ci les fondateurs de la Grande Loge d'Angleterre». Ibid., chap. XVII.
5 Les arts libéraux sont, en outre, en correspondance avec les sept ciels planétaires, qui, dans la cosmogonie hermético-chrétienne et islamique du Moyen-Age, étaient les intermédiaires entre la Terre (ainsi que le monde sublunaire) et le ciel des Étoiles fixes et l'Empyrée, où se trouve le Trône divin.
6 Cette enceinte intérieure est ce que dans la Cabale on nomme le «Saint Palais Intérieur» : c'est le véritable Centre ou Coeur du monde et de l'homme, et le lieu où se manifeste la Shekinah, la «Présence divine». Cette enceinte intérieure est également symbolisée par le centre des six directions de l'espace, par où passe le «septième rayon solaire», lui-même identifié à lAxe du Monde.
7 Il faut dire aussi l'importance du rôle qu'ont joué ces trois montagnes dans l'histoire et la géographie sacrées de la tradition judéo-chrétienne, abondamment dépeinte dans les temples chrétiens édifiés par les maçons et les compagnons médiévaux.
8 Il doit demeurer bien évident que lorsque nous parlons du grade de maître, nous le faisons dans la perspective de ce que ce grade signifie initiatiquement, c'est-à-dire la réintégration dans l'état humain primordial, et donc le développement complet des qualités inhérentes à cet état. Il en va bien différemment dans la maçonnerie actuelle, et c'est que la grande majorité de ceux qui font étalage de ce grade (conféré presque toujours pour de simples nécessités pratiques de la loge) en aient effectué la réalisation la plus minime. Nous pouvons en dire autant en ce qui concerne les grades d'apprenti et de compagnon. Mais c'est un problème qui n'affecte en rien la réalité et le sens profond de l'expérience spirituelle et initiatique, ainsi que des symboles et des rites qui leur servent de véhicules et de supports, car leur origine est supra-humaine.
9 Comme on le sait, cette constellation boréale est formée par sept étoiles, lesquelles, dans la tradition hindoue, sont considérées comme la demeure des sept Rshis ou sages légendaires qui transmettent la sagesse pérenne à l'humanité à travers les différentes périodes cycliques qu'elle parcourt. D'autre part, le premier nom de cette constellation n'était pas celui de la Grande Ourse mais celui de la Balance, avant que cette dernière ne devienne une partie du Zodiaque. Néanmoins, ce nom a persisté dans la Chine ancienne où la constellation était désignée comme la «Balance de Jade», le jade étant un symbole de perfection (voir R. Guénon : Le Roi du Monde, chap. X). Peut-être est-ce dans le nombre de ces étoiles, et dans les idées d'ordre et de perfection qu'elles suggèrent dans le symbolisme traditionnel, que nous devons trouver l'origine de l'expression maçonnique «sept la rendent juste et parfaite», ceci en relation avec le nombre de maçons (appelés significativement les «sept lumières», qui sont nécessaires pour la constitution d'une loge et la transmission régulière de l'influence spirituelle. 
10 R. Guénon : Symboles Fondamentaux.... chap. VIL
11 C'est pourquoi on affirme dans les rituels que le maître maçon ne peut se rencontrer qu'au «centre du cercle», qui équivaut à la «Chambre du Milieu», nom qui désigne la loge travaillant à ce grade.
12 Ce n'est donc pas par hasard que parmi les principaux symboles maçonniques se référant au grade de maître, on rencontre la «pierre cubique à pointe», alors que la «pierre cubique» correspond au compagnon et la «pierre brute» à l'apprenti. Il existe de même une analogie entre ce que signifie la «pierre cubique à pointe» et la «pierre philosophale» dans l'hermétisme alchimique, dont l'obtention suppose aussi le «couronnement» des mystères de la cosmogonie. Dans la tradition chrétienne, le Christ lui-même est également désigné comme la «pierre angulaire».
13 Dans la tradition extrême-orientale, l'Étoile polaire se nomme le «Grand Extrême», et cette position est précisément celle qu'occupe dans le temple la «pierre angulaire», aussi appelé «pierre du faîte». Ibid, chap. XLIII.
14 En ce sens, il est intéressant de faire observer que l'ouverture d'une loge opérative n'est effective que lorsque sont réunies les trois baguettes que portent respectivement les trois Grands Maîtres, formant alors un triangle rectangle (appelé aussi «pythagorique»), car ces baguettes sont dans la proportion 3-4-5, valeur numérique, précisément, du nom d'ElShaddaï en hébreu.
15 Le pôle est le seul point qui reste immobile dans la rotation de la terre sur son axe, reflétant ainsi parfaitement l'immobilité du pôle céleste. Dans le symbolisme constructif le pôle terrestre correspond à la «pierre fondamentale» (qui est le centre et la synthèse des quatre pierres situées à chacun des angles - ou points cardinaux - de l'édifice), reflet direct, sur le plan de base, de la «pierre angulaire», qui s'identifie évidemment avec le pôle céleste. En ce sens, et en relation avec les quatre équerres qui forment le swastika, nous dirons que celles-ci, disposées d'une autre manière, constituent les quatre coins ou angles du temple.
16 Ibid., chap. XVII.
NDLD : L'article ci-dessus a été publié dans sa version espagnole dans Symbolos -revue amie guatemaltèque dirigée par M. Frédérico Gonzalez. Sa version française due à M. John Deyme de Villedieu s'effectue dans le cadre d'un accord permanent d'échanges rédactionnels entre nos revues respectives.